Sur la route
5 avril 2022 – 17 juillet 2022, Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Paris
L’association nantaise Pays de la Loire-Cameroun a conçu en partenariat avec le Musée du Quai Branly l'exposition, La Route des chefferies, réfléxion sur la culture et le patrimoine historique et vivant des hauts plateaux des Grassfields. Au travers de cette exposition, le Musée du Quai Branly promeut les programmes d’aménagement culturel et touristique d’une association visant à "sauvegarder les valeurs séculaires des communautés autochtones du Cameroun et leurs biens patrimoniaux respectifs". Une démarche vertueuse, mais étrange, ou l'ethnologie et l'anthropologie sont mises au service de l’industrie touristique pour assurer la promotion des régions concernées. Les débuts de l'ethno-loisir de masse ?

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Lieu

Artistes

Edito
Regarder...
15 secondes, c’est le temps que statistiquement les visiteurs d’un musée accordent à une œuvre.

Un délai qui peut sembler un peu bref pour une expérience qui sollicite la sensibilité, les savoirs, la sagacité, l’imaginaire…

Car regarder une œuvre, c’est en déterminer le thème, le genre, le style ; identifier le récit, l’action, les personnages ; s’interroger sur les postures, la gestuelle, l’expression des visages et le jeu des regards ; décoder les signes, symboles et allégories ; discerner les références iconographiques, les conventions culturelles et les significations historiques ; analyser la composition, le regroupement des formes, les lignes de force, le cadrage ; examiner la facture, le geste de l’artiste, la qualité de la matière picturale ; contempler la lumière, les jeux de clair-obscur, la maîtrise des couleurs, le rendu des matières ; considérer sa valeur symbolique, les prestiges social, culturel, intellectuel dont jouissent ses possesseurs ; s’interroger sur les intentions de l’artiste et les ambitions de ses commanditaires…

Combien de temps faut-il pour adopter ces multiples de points de vue ? 10, 20, 60 secondes, un quart d’heure, une journée ?

... vivre.
Toute œuvre est une combinaison de multiples dimensions : objet matériel, ou virtuel ; expression d’un récit politique, mythologique, sacré ; manifestation d’une culture ; produit d’une époque ; accomplissement d’un savoir-faire technique ; sujet de désirs ; marque de vanité ; matérialisation d’une pensée ; placement financier…

Chacune de ces facettes influence la manière dont nous percevons et comprenons l’œuvre. Cette perception en constante évolution au fur et à mesure où nous la regardons, où nous découvrons de nouvelles informations, où nous approfondissons notre réflexion et où nous remettons en question nos idées préconçues, nous ouvre de nouvelles perspectives, modifie continuellement notre perception de l’œuvre.

Commence ainsi le chemin sans fin d’une œuvre dans nos esprits.

Chaque nouvelle découverte d’un aspect ou d’un détail enrichit notre perception globale, qui, à son tour, nous incite à revisiter les détails sous une lumière nouvelle. Ce cercle herméneutique nous engage dans une dynamique d’interprétation vivante, toujours en expansion, en approfondissement. Un chemin sans fin, où l'œuvre nous incite à lui découvrir de nouveaux sens et à formuler de nouvelles interrogations.

À repenser ses contextes.

À remettre en cause nos connaissances.

À regarder toujours plus précisément ses détails…
Alors, combien de temps ?

Qui sait ?

Pour une œuvre d’art, une vie n’y suffira pas.


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