Une exceptionnelle richesse culturelle
Les cultures des Premières Nations de la côte nord-ouest de l’Amérique, parmi lesquelles les Haïdas, les Tlingits, les Tsimshians, les Kwakwaka’wakw et les Nuu-chah-nulth.Installées depuis des millénaires entre l’océan Pacifique, les grands fleuves et les forêts tempérées, ces populations ont développé des sociétés sédentaires complexes, sans agriculture céréalière ni écriture alphabétique. L’abondance des ressources marines, notamment du saumon, et la maîtrise de leur conservation ont permis la constitution de villages permanents, l'accumulation de richesses et le développement d'institutions politiques, sociales et cérémonielles élaborées.
Une organisation sociale fondée sur les lignages et les échanges
Ces sociétés, souvent fortement hiérarchisées, s’organisent autour de maisons, de clans et de lignages. Les noms, les emblèmes, les récits ancestraux et les privilèges cérémoniels constituent un patrimoine collectif dont la transmission obéit à des règles précises.Le potlatch, grande cérémonie associant festins, dons, discours, chants et danses, occupe une place centrale. Il permet de rendre publics et de faire reconnaître les statuts, les droits, les alliances et les successions. Les richesses distribuées y acquièrent une valeur sociale et politique, tandis que les invités témoignent de la légitimité des droits proclamés.
Des arts qui donnent forme à l'ordre social et au monde spirituel
Masques sculptés, mâts héraldiques, parures, vêtements cérémoniels, objets de prestige et architectures monumentales composent un langage visuel d’une extraordinaire richesse.Ces œuvres ne sont pas seulement destinées à être contemplées. Elles rendent visibles les appartenances, les généalogies, les privilèges et les relations entre les humains et les êtres spirituels.
Les masques occupent une place particulière. Lors des cérémonies, ils permettent aux danseurs d’incarner des ancêtres, des animaux ou des puissances surnaturelles. Certains, articulés, révèlent par leur transformation la coexistence de plusieurs identités et le passage entre différents états de l'existence.
Dans ces cultures, les animaux — Corbeau, Aigle, Ours, Loup, Orque ou Saumon — ne sont pas de simples motifs décoratifs. Ils participent aux récits d’origine, aux identités claniques et aux relations entre les différents domaines du cosmos.
Savoirs, techniques et transmission
Les savoirs des Premières Nations associent une connaissance approfondie des écosystèmes à des techniques remarquables de pêche, de navigation, de conservation des aliments, de travail du bois, de tissage et de vannerie.Le cèdre occupe une place essentielle : il fournit les matériaux nécessaires à la construction des maisons et des embarcations, à la sculpture des masques et des mâts, ainsi qu'à la fabrication de nombreux objets usuels et cérémoniels.
La transmission de ces connaissances repose largement sur les traditions orales, les apprentissages, les récits mythologiques et les pratiques rituelles. Les œuvres elles-mêmes constituent des supports de mémoire et des moyens de reconnaître et de perpétuer les droits collectifs.
Colonisation, ruptures et continuités
À partir du XVIIIe siècle, l'intensification des contacts avec les Européens bouleverse profondément ces sociétés. Le commerce des fourrures, les épidémies, la dépossession territoriale, l'interdiction des cérémonies de potlatch et les politiques d'assimilation, notamment les pensionnats autochtones, fragilisent les institutions traditionnelles et interrompent de nombreuses transmissions.Mais ces cultures ne disparaissent pas. Les communautés maintiennent, réinvestissent et renouvellent leurs pratiques. Les artistes contemporains, héritiers de traditions anciennes, développent de nouvelles formes d'expression qui affirment la vitalité de leurs identités.
L'exposition montre ainsi que les arts des Premières Nations ne sont pas dissociables des sociétés qui les produisent : ils donnent à voir un ordre du monde, rendent intelligibles les relations entre les êtres et participent à la transmission comme à la transformation des cultures.
Le dossier de presse de cette exposition
Commissaire général : Steve Bourget, Responsable de Collections Amériques, musée du quai Branly – Jacques Chirac
Nika Collison, Directrice du Haida Gwaii Museum, Canada