L’exposition interroge avec humour le goût suédois de l’ordre, de la retenue et de la neutralité, et les normes sociales qui se dissimulent derrière ce "bon goût". Faire la queue, attendre son tour, bien se tenir : ces comportements ordinaires sont soumis à de petites distorsions qui font progressivement basculer l’ordre vers l’absurde et révèlent la manière dont il façonne les corps et les identités.
Anton Alvarez
Né à Stockholm en 1980, cet artiste et designer suédo-chilien, formé à l’ébénisterie puis au design à Konstfack et au Royal College of Art de Londres, travaille à la frontière de la sculpture, du mobilier et de l’invention mécanique. Il conçoit ses propres outils de production, notamment la Thread Wrapping Machine, qui assemble bois, métal ou plastique par l’enroulement de fils enduits de colle, et une imposante extrudeuse qui transforme l’argile sous pression. Ses œuvres naissent ainsi d’un équilibre entre règle et accident, maîtrise du geste et autonomie de la machine.
Simon Skinner
Designer suédois, il développe une pratique où le mobilier et les objets familiers sont détournés de leurs formes et de leurs fonctions attendues. Ses pièces jouent sur les codes du design domestique, les usages du corps et les conventions sociales : l’objet reste reconnaissable mais devient légèrement inadéquat, étrange ou inconfortable. Cette perturbation du fonctionnel trouve naturellement sa place dans Tout est en ordre, où les objets participent à dérégler les comportements et les silhouettes.
Anna Uddenberg
Artiste suédoise née en 1982, installée à Berlin, elle est principalement connue pour ses sculptures de corps féminins artificiels, soumis à des poses spectaculaires ou contraignantes. Mobilier, accessoires de voyage, vêtements et éléments empruntés à l’univers commercial fusionnent avec les corps pour former d'étranges machines sociales. Des ensembles comme Premium Economy ou Continental Breakfast interrogent ainsi les normes de féminité, de consommation, de confort et de représentation du corps contemporain.
Klara Zetterholm
Née à Stockholm en 1991 et diplômée du Royal Institute of Art en 2022, elle vient notamment de la scénographie et de la fabrication d’accessoires. Sculptures, mannequins, faux vestiges archéologiques et bas-reliefs composent chez elle les traces matérielles de civilisations imaginaires : elle fabrique des objets qui paraissent anciens tout en appartenant à un futur possible. Des œuvres comme Ayla (2023), Urgo (2024) ou ses Cryptic Ornaments brouillent ainsi préhistoire et science-fiction, document scientifique et décor de théâtre, authentique et faux.
Les créateurs de mode
L’exposition associe à ces œuvres les vêtements de Hodakova, LLL, Love is Shouty but Iconic, Our Legacy et Per Götesson. Plutôt que de présenter séparément chaque marque ou créateur, la commissaire Nicole Walker mélange les pièces et les générations : les vêtements deviennent les éléments d’une installation collective, portés par des mannequins recomposés et confrontés aux sculptures et aux objets. La mode n’est donc plus présentée comme une succession de collections ou de signatures, mais comme un langage social susceptible, lui aussi, d’être démonté et réassemblé.Commissaire général : Nicole Walker