"Je suis devenu peintre car je voulais élever la peinture au même degré d'intensité que la musique et la poésie".
Mark Rothko
Mark Rothko né Markus Yakovlevich Rothkowitz (1903–1970), est un peintre américain d’origine lettone, figure majeure de l’expressionnisme abstrait et du Color Field Painting. Connu pour ses toiles monumentales composées de vastes champs colorés vibrants, il chercha moins à représenter des formes reconnaissables qu’à exprimer les émotions humaines fondamentales. Son œuvre occupe une place centrale dans l’art moderne d’après-guerre.
Issu d’une famille juive ayant émigré aux États-Unis en 1913, Rothko grandit à Portland, dans l’Oregon. Après des études inachevées à Yale, il s’installe à New York et se tourne vers la peinture en suivant les cours de Max Weber à l’Art Students League. Durant les années 1930, il peint des scènes urbaines, enseigne l’art à des enfants au Brooklyn Jewish Center et participe au WPA Federal Art Project.
Dans les années 1940, Rothko abandonne progressivement la figuration pour explorer les mythes, la tragédie et le surréalisme avant d’élaborer, vers 1947-1949, sa formule caractéristique : de vastes surfaces colorées composées de rectangles flottants aux contours diffus. Ses tableaux ne représentent ni objets ni scènes ; ils cherchent à produire une expérience émotionnelle directe. Les couleurs semblent vibrer, respirer et se transformer sous le regard du spectateur. À partir des années 1950, ses compositions deviennent de plus en plus monumentales afin d’immerger celui qui les contemple dans un espace silencieux, méditatif et parfois oppressant. Refusant le gestualisme spectaculaire de contemporains comme Jackson Pollock, Rothko privilégie la subtilité des tonalités et des variations lumineuses pour évoquer l’extase, la tristesse ou l’angoisse.
Rothko rejette l’idée d’une abstraction purement décorative ou formelle et considère la peinture comme un moyen d’exprimer les expériences fondamentales de l’existence : la solitude, l’angoisse, l’extase ou la mort. Ses œuvres cherchent moins à transmettre un message qu’à provoquer un état intérieur proche de l’expérience religieuse. Les grands champs colorés deviennent ainsi des espaces de contemplation où le spectateur se trouve confronté à une présence silencieuse qui échappe au langage. Cette quête culmine dans plusieurs grands cycles décoratifs, notamment les Seagram Murals (1958), les Harvard Murals (1961) et le cycle de la Rothko Chapel (1964-1967). Dominées par les rouges sombres, les bruns et les noirs, ces œuvres tardives témoignent d’une recherche de plus en plus austère et méditative.
La technique de Rothko repose sur la superposition de couches très fines de peinture diluée appliquées lentement sur la toile. Les pigments translucides créent des profondeurs optiques et des vibrations lumineuses qui donnent aux couleurs leur intensité caractéristique. Les contours demeurent volontairement flous afin d’éviter toute stabilité géométrique. Rothko contrôle également avec précision l’accrochage, l’éclairage et la distance de vision afin de transformer l’exposition en environnement immersif où la peinture semble absorber le regard.
Après son suicide en 1970, un long procès opposa sa famille aux exécuteurs testamentaires de son œuvre. Il aboutit à la création de la Mark Rothko Foundation, qui fit don de centaines de tableaux à des musées du monde entier. Aujourd’hui, Rothko est considéré comme l’un des artistes ayant le plus profondément transformé la perception moderne de la couleur et de l’expérience picturale.
Le dossier de presse de l'exposition
Commissariat : Suzanne Pagé et Christopher Rothko.
François Michaud et Ludovic Delalande, Claudia Buizza, Magdalena Gemra, Cordélia de Brosses.