Edito
Ce qui reste
Lionel Sabatté investit l’ensemble du Musée de la Chasse et de la Nature, confrontant ses créatures aux animaux naturalisés, aux trophées et aux représentations traditionnelles du monde sauvage. Dans la cour, Mort fertile, un cerf monumental en bronze dont les bois plongent dans la terre, donne le ton : la mort nourrit la vie.
Peintures, sculptures, dessins et tapisseries, pour la plupart inédits, prolongent cette confrontation entre l’animal conservé comme objet de mémoire et l’animal réinventé comme être en transformation. Le musée devient ainsi le théâtre d’un renversement : ce qui semblait définitivement mort, domestiqué ou figé retrouve une forme de vie sauvage.
Diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2003, Lionel Sabatté, prend un tournant décisif lorsqu’il commence à récupérer la poussière du métro parisien pour sculpter des loups grandeur nature. Cette Meute, constituée de rebuts accumulés par des milliers de voyageurs, révèle une préoccupation qui traverse désormais son travail : faire surgir des formes vivantes de matières promises à la disparition.
Peintre, sculpteur et dessinateur, il développe depuis une œuvre reconnue dans les institutions françaises, notamment au Palais de Tokyo, au château de Chambord et au Centre Pompidou. Il est nommé au prix Marcel Duchamp en 2025.
Lionel Sabatté s’intéresse à la transformation du vivant, à ses vestiges et à ses métamorphoses. Ses animaux, souvent hybrides, semblent émerger de matières en décomposition ou retourner à leur état sauvage. Le chien redevient loup, les brebis prennent des formes inquiétantes, les oiseaux se confondent avec les paysages. Entre apparition et effacement, son travail explore la continuité entre la vie et la mort, la construction et la ruine.
La singularité de Sabatté tient à l’utilisation de matières généralement rejetées : poussière, rouille, ongles, peaux mortes, laine délitée ou ciment. Il les assemble, les modèle ou les incorpore à ses peintures et sculptures. L’oxydation occupe une place essentielle dans sa pratique picturale : la réaction du fer avec l'oxygène produit des couleurs, des textures et des formes partiellement imprévisibles. La matière n’est ainsi pas seulement le support de l’œuvre, mais l’un des agents de sa formation.
Commissaire général : Amélie Adamo, historienne de l'art, auteure et commissaire indépendante.
Exposition : Ce qui reste
Artiste : Lionel Sabatté
15 octobre 2026 – 21 février 2027 , Musée de la chasse et de la nature, Paris